Le Rite de Memphis – Misraïm

Il existe dans le monde, beaucoup de rites maçonniques et, en France, il en est de même.

« Pourquoi cette diversité de Rites, lorsqu’elle n’altère pas les dogmes, ne corrompt pas la doctrine primitive, nous diviserait-elle ? Elle existe dans l’exercice de tous les cultes, mais cela n’empêche pas l’homme éclairé de fraterniser avec son semblable, homme de bien.
Pourquoi n’en serait-il pas de même entre les Maçons de tous les Rites, puisqu’ils dérivent de la même souche de notre antique et sublime Institution ? »

Ces paroles que j’ai tenu à rapporter fidèlement, ont été prononcées le 29 Janvier 1819 à une fête d’adoption donnée par la R.’. L.’. Le Mont Sinaï (appartenant au rite de Misraim) par un Maçon du Rite Écossais Ancien Accepté, le comte Muraire, Grand Commandeur du Suprême Conseil.
Le Rite de Memphis-Misraim est l’héritier des traditions maçonniques du 18ème siècle, dont il a gardé les sages principes, la force morale et la discipline.

Il tire son origine de la Maçonnerie Occulte des Philalèthes de Paris, des Frères Architectes Africains de Bordeaux, de l’Académie des Vrais Maçons de Montpellier, du Rite de Pernety d’Avignon et surtout du rite primitif des Philadelphes de Narbonne.

Voici succinctement l’ordre chronologique et les étapes du Rite de Memphis-Misraim.

En 1610 se manifesta en France et en Allemagne une association très secrète qui essaima dans toutes les régions des individualités rattachées plus ou moins à ce centre qui venait de se dévoiler en partie.
Une des lignes les plus directes se trouva dirigée vers la Provence et l’Avignonnais.
En 1640 dans les régions de Montauban et d’Avignon, circulaient sous le manteau des traités d’Alchimie gardés dans les associations compagnonniques parmi les « acceptés » non opératifs. Egalement circulait un traité secret d’initiation Égyptienne qui contenait des allusions transparentes au Grand-Œuvre. Ce même traité vers 1760 fut connu dans les milieux maçonniques allemands sous le nom de Crata Repoa où on le considérait comme une véritable initiation égyptienne.

Egalement et conjointement vers le milieu du 17ème siècle en Allemagne, se manifesta un autre rameau d’une ligne égyptienne et nous le voyons transparaître à travers les divers Rites Maçonniques dès la constitution des Loges maçonniques à l’orée du 18ème siècle.

Ce sont les Rosicruciens Allemands de Burn et Schröpfer qui s’occupaient d’Alchimie.

Les Frères de la Rose Croix d’Or ou Frères Initiés d’Asie où ces mêmes études étaient à l’honneur et qui fusionnèrent avec quelques loges allemandes pour devenir les Vrais et Anciens Maçons Rectifiés; c’est sur ces derniers que le baron d’Eckhoffen s’appuya pour constituer son Ordre des Architectes Africains (le mot africain étant pris dans le sens d’Égyptien).

Un chapitre provincial de cet Ordre des Architectes Africains fut créé à Paris dès 1777.

C’est de ce chapitre Provincial que deux hommes reçurent les instructions et les enseignements qui permirent à l’un, Chastannie, d’organiser son Rite intérieur et plus dégagé des opérations alchimiques : le Rite des Illuminés Théosophes et l’autre, Dom Pernety plus spécialement orienté vers l’Hermétisme, le Rite des Illuminés d’Avignon qui donna plus tard l’Académie des Vrais et Anciens Maçons de Montpellier (qui était l’appellation même du rite originel allemand). Dom Pernety aurait fondé l’ordre des Illuminés d’Avignon en 1766.

Il faut noter que le Midi de la France était particulièrement influencé par cette Maçonnerie Égyptienne. Les Architectes Africains, qui ont une physionomie tout à fait à part dans l’ensemble maçonnique, possédaient une vaste bibliothèque, un musée d’histoire naturelle, des laboratoires de chimie très perfectionnés. Partout où ils essaimèrent, ils s’organisèrent sur les mêmes bases et leur chapitre Provincial de Bordeaux, filiale du chapitre parisien fut extrêmement florissant.

Antérieurement à 1721, date à laquelle il est cité, existait à Narbonne un rite dit « de Narbonne », héritier des deux courants que nous venons de mentionner : égyptien et rosicrucien. Ce rite était devenu à peu près inexistant; il fut restauré dans sa vigueur primitive par le Marquis Chefdebien, suivant le modèle du Rite des Philalèthes de Paris fondé en I772 par le F.’. Savalette de Langes à Rumilly en Haute-Savoie sous le vocable de L.’. « Les Amis Choisis ». Cette Loge se transportera un peu plus tard à Paris, 37, rue de la Sourdière.

C’est donc suivant le Rite des Philalèthes de Paris, qu’en 1779 fut fondé le Rite Primitif des Philadelphes ou Rite Primitif de Narbonne qui inspirera plus tard le Rite Primitif de Memphis-Misraim dans ses formes et son organisation. Le F.’. François d’Aigrefeuille, Marquis de Chefdebien, était lui-même détenteur des plus hauts grades de la Stricte Observance Templière et des Chevaliers Elus-Cohens de Martinez de Pasqually ainsi que de la Maçonnerie conventionnelle. Le Rite de Narbonne eut des rapports très étroits avec les Architectes Africains.

Revenons quelques années en arrière, à la fin du 18ème siècle au Caire.

Il existait dans cette ville un groupement de compagnons qui avaient abandonné tout travail opératif et que l’on peut raisonnablement appeler ou considérer comme de véritables Francs-Maçons. Il existerait encore au Caire et à Alexandrie, des groupes ésotériques de lointaine ascendance gnostique, dans les milieux coptes chrétiens, mais il s’y perpétuerait une interpré­tation gnostico-égyptienne du Christianisme.
Le fait a été attesté par deux frères, l’un le tenait de son père qui avait connu un groupe de ce genre au Caire, vers 1875, l’autre en rencontra un semblable à Alexandrie, vers 1914. A noter que ces deux FF.’. ne se connaissaient pas et qu’ils étaient tous deux CBCS, Grands Profès de Genève.

Ce groupement de compagnons portait le nom de Grande Loge, mais avait gardé une tendance très spiritualiste. On ne connaît pas d’origine historique à cette Grande Loge que nous trouvons en pleine activité dès le début du 18ème siècle. Sans doute y a t-il là quelque chose de tout différent des Loges d’Europe il s’agirait bien plutôt d’une association secrète et mystique. A la même période on retrouve chez les Druzzes du Liban des Collèges initiatiques semblables qui rappellent fort notre maçonnerie. Cette association compagnonnique devait devenir la Maçonnerie Egyptienne et elle possède une antiquité fort ancienne et ses membres prétendent remonter directement à. un rameau très pur et très direct de la « Véritable Rose-Croix » organisée par l’Empereur Constantin.

Lorsque les Maçons anglais, puis français, s’organisèrent en Loges régulières au Caire et à Alexandrie (Loges militaires ou marines) ils trouvèrent les restes d’une maçonnerie très ancienne. En effet, cette association indigène s’était déjà fortement constituée en un Rite, et Ce fut en 1798, que des officiers français qui accompagnaient Bonaparte en Égypte et qui étaient pour la plupart dignitaires du Rite Primitif de Narbonne, prirent contact avec les initiés du Caire et d’Alexandrie.

Revenus en France, ils créèrent des Ateliers indépendants du Rite de Memphis-Misraim.
Ils fondèrent une Loge en conservant les traditions du Rite de Narbonne qu’ils intitulèrent « Les Disciples de Memphis » et qui s’unit à la Grande Loge d’Égypte.
Ce fut en 1803 que les 3 frères, Michel, Marc et Joseph Bédarride, originaires de Cavaillon, instituèrent régulièrement le Rite Oriental ou Égyptien de Misraim. Ce rite aurait été pratiqué par diverses sectes initiatiques depuis les 16ème, 17ème et 18ème siècles dans divers pays, et notamment dans les républiques de Venise Gênes, Naples et Milan, dans l’Archipel Grec, dans les îles Ionien­nes.
L’on peut penser que ce Rite fut fondé en 1788 à Venise, par un groupe d’une cinquantaine de Sociniens, survivants de la secte du 17ème siècle, secte protestante antitrinitaire, fondée par Lélio Socini, né à Sienne en 1525, décédé en 1562.
C’est Cagliostro qui résidait à Trente à 100 km à peine de Venise, qui les investit de la qualité maçonnique, par sa maçonnerie Égyptienne, d’où le nom de Misraïm « Les Égyptiens ».
Certaines tentatives d’implantation avaient déjà eu lieu en Languedoc et dans le Comtat Venaissin.
Il est dit aussi que le Rite de Misraim aurait été fondé par le F.’. Lechangeur, un maçon initié au plus haut grade du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Le successeur de Lechangeur, le F.’. Théodore Gerber, donna pouvoir à Milan au F.’. Michel Bédarride pour répandre le nouveau rite en France en 1810.

En 1813, les 3 Frères Bédarride développent en France le Rite de Misraim, et à Naples les FF.’. Joly, Gabliosca et Garcia reçoivent du Grand Commandeur de Lassalle les pouvoirs qui font d’eux la puissance supérieure du Rite de Misraim.

En 1814, plusieurs Frères, dont Samuel Honis, initié dans la RL.’. « Les Disciples de Memphis » du Caire, et Marconis de Nègre regroupent des ésotéristes à Montauban et installèrent, le 23 Mai 1815 une filiale des « Disciples de Memphis » qui devint la Mère-Loge de Memphis.

Le 21 Janvier 1816, Gabriel Marconis de Nègre, Grand Maître de l’Ordre de Memphis, fut élu Grand Hiérophante du Rite de Misraim. Les principaux membres de la Loge de Montauban étaient le Baron Dumas, le Marquis de la Roche, J. Petit, Hippolyte Labrunie.

Ces membres fondateurs de Memphis réunissaient entre eux tous les grades des Maçonneries françaises, écossaises, ainsi que de nombreux degrés de Rites divers. A la suite d’intrigues, cette Grande Loge fut mise en sommeil le 7 Mars 1816. Les travaux furent repris en 1826 par une partie de ses membres, mais sous l’Obédience du Grand Orient de France.

En cette même année de 1816, la Loge « Le Mont Sinaï » reçoit la lumière sous les trois points du Triangle Misraïmique.
Voici ce qu’en disait dans son discours du 27 Mars 1922, le Grand Maître de la Grande Loge de France, le F.’. Bernard Welhoff :
« C’était un Ordre (Misraim) qui n’était pas méprisable et qui conquit au début du 19ème siècle une illustration méritée. Des personnages éminents étaient à sa tête, qui avaient la sagesse de n’être pas sectaires et dont la prétention ne fut pas de s’établir sur les ruines des autres puissances. L’Obédience de Misraim, sans être une filiale du Rite Ecossais s’établit presque sous sa protection. Le F.’. Marc Bédarride, qui fut le fondateur et, plus tard, l’historiographe de son Ordre, avait même soumis ses statuts au Comte Muraire qui était alors l’un des Chefs de notre Suprême Conseil. Et il faut croire que ces statuts n’attentaient point à la pureté de nos traditions puisque maints dignitaires de l’Ecossisme et le Comte Muraire lui-même crurent devoir prêter à ce nouveau pouvoir, le concours de leurs lumières et de leur nom. »

En 1819 la réaction ayant triomphé en Italie, les carbonari, membres d’une association secrète fondée à la fin du 18ème siècle dans le royaume de Naples, viennent chercher refuge en France et recruter dans les milieux libéraux.

Le Carbonarisme est organisé en cellules de vingt membres « les ventes », et l’association est dirigée par une Haute-Vente.

Les créateurs français du Carbonarisme sont : Bazard, Buchez et Flotard.
L’un des trois, Buchez est Franc-maçon. Ils constituent la Haute-Vente avec Dugied, Carriol, Joubert, Limperani, L.A. Fayette et Dupont de l’Eure. Grâce aux Francs-maçons Buchez, La Fayette et Dupont de l’Eure, l’association recrute immédiatement dans les Loges et des Ventes sont organisées dans les régiments.
Le Carbonarisme prépare activement un soulèvement républicain contre la Monarchie. En réalité, dès l’origine, la secte est envahie par des agents de la police qui vont la conduire à sa perte.

Le 7 Septembre 1820, un conflit ayant éclaté entre les Frères Bédarride et le Grand-Orient, ses échos parviennent aux autorités profanes et la police perquisitionne chez les fondateurs du Rite de Misraim. Peut-être, le développement du carbonarisme incite la police à surveiller les Loges.

Les demi-soldes de l’ancienne armée impériale sont nombreuses dans le Carbonarisme et ils vont y retrouver le prince Louis-Napoléon, le futur Napoléon III.
Ils se regroupent au sein des Loges du Rite de Memphis et du Rite de Misraim. Mais, comme toujours, les indicateurs de la police y sont également nombreux et ces Loges rapidement suspectes, sont mises dans l’obligation de cesser leurs travaux ou de choisir la clandestinité.
En 1820, trente préfets constatent que des ventes existent dans leur département. Dès 1821, tout paraît prêt pour un soulèvement armé. Les dirigeants de la Maçonnerie favorables à la Monarchie, qui déjà, par la voix du Grand Orient de France le 31 Mai 1819, avait déclaré irrégulières toutes les autres organisations Maçonniques et irréguliers tous les Maçons autres que ceux de son Obédience, s’inquiètent de la progression du Carbonarisme dans les Loges. Cette Maçonnerie française est à nouveau très divisée, l’Ecossisme a repris son indépendance et le Suprême Conseil crée de nouveaux Ateliers Écossais Symboliques ne relevant que de son autorité.
Cependant tout est en place, avec l’appui de nombreux Maçons, pour que le mouvement insurrectionnel, éclatant à Belfort le 29 Décembre 1821 et gagnant Colmar, Niort, Poitiers, Nantes, Bordeaux et Toulouse, renverse la royauté. Des soulèvements se produisent en effet, mais les trahisons sont nombreuses et le F.’. La Fayette tarde volontairement à assumer le rôle qui lui a été attribué. De cet échec, le Carbonarisme ne se relèvera pas et la répression qui va le frapper sera impitoyable. Le Général Berton est arrêté ainsi que les quatre sergents de La Rochelle, les quatre sergents du 45ème de ligne, Bories, Pommier, Jouhin et Raoulx qui seront guillotinés le 22 Septembre 1822.
L’un des quatre sergents est Maçon. Pour les trois autres le fait n’a pu être établi.

Le 13 Septembre 1821, le Pape Pie VII prononce une nouvelle condamnation de la Maçonnerie qui vise plus particulièrement les Carbonari, dont la société est considérée par Rome comme une imitation sinon comme un rejeton de la Franc-maçonnerie. La bulle « Ecclésiam a Jésus Christo » précise que la promiscuité d’hommes de toutes religions et de toutes sectes est inadmissible et que, l’Église ne saurait accepter de voir donner à chacun, par la propagation de l’indifférence en matière de religion, toute licence de se créer une religion à sa fantaisie et suivant ses opinions : c’est l’expression de l’absolutisme religieux le plus total, en opposition avec la tolérance et la liberté de pensée Maçonniques.

Un rapport de Police établi en 1822 ou 23 conservé aux Archives Nationales (F 7 6666) signale que des documents de l’Ordre de Misraim ont été saisis aux cours de perquisitions effectuées à Paris et dans les Loges de Province. Les papiers détenus par la police permettent d’établir que l’Ordre est dirigé par un Conseil Suprême auquel appartiennent les trois frères Bédarride, le Comte Muraire, le lieutenant-général baron Teste, l’avocat à la Cour Royale Muret, l’Officier Général Comte de Fernig, le docteur Rathery, le colonel comte de Fauchecourt, l’ancien conseiller d’État Briot, le négociant Allegri, l’ancien administrateur Charles Teste et parmi les membres honoraires de l’Ordre de Misraim, le Duc Decazes, le Duc de Saxe-Weimar, le Duc de Leicester, le Duc de Sussex.
En Septembre 1822, vingt-deux loges du Rite de Misraim sont en activité à Paris, six à Lyon, six à Metz, cinq à Toulouse, trois à Bordeaux, 3 à Lausanne, 3 à Genève, et une à Coutray.
Des dissensions existent cependant au sein de l’Ordre et ce sont elles, qui déterminent la Loge du Mont-Sinaï à le quitter pour entrer au Rite Écossais.
Et c’est le 18 Janvier 1823, que sur la référence à des documents violemment antireligieux de la Loge de Montpellier découverts au cours d’une perquisition chez le F.’. Vernhes, que le tribunal de police correctionnelle ordonne la dissolution en France de l’Ordre de Misraim.

Certes, ses membres vont continuer à travailler clandestinement, mais cette mesure en leur interdisant toute activité légale, va paralyser pendant une longue période, le développement du Rite.

En 1826, après dix ans de sommeil, la Grande Loge du Rite de Memphis les « Disciples de Memphis » créée à Montauban reprend ses travaux dans l’Obédience du Grand Orient.

En 1838,le F.’. Marc Bédarride réorganise le Rite de Misraim pendant que le Rite de Memphis en plein essor crée le 23 Mars au Prado, la Loge « Osiris » et à Bruxelles le 21 Mai la Loge « La Bienfaisance ».

Le 5 Octobre de la même année est installé le Souverain Sanctuaire de Memphis chargé du gouvernement de l’Ordre.
Le Sanctuaire est composé de Jean Etienne Marconis de Nègre, Grand Hiérophante du Rite, élu le 7 Juillet 1858 Grand Hiérophante Mondial avec le 96éme degré créé pour lui seul, et de six Patriarches Conservateurs de l’Ordre.
Les travaux de cette première assemblée du Souverain Sanctuaire portèrent particulièrement sur la création des Loges, Chapitres, Aréopages, Consistoires et Conseils.

En 1839, le mouvement s’étend par le réveil à Paris, le 21 Mars, de la Loge « Les Disciples de Memphis », la création le 21 Mai de la Loge Chapitrale « Les Philadelphes », le 6 Décembre à Bruxelles l’installation du Chapitre « Héliopolis ».

A Marseille une nouvelle Loge Chapitrale vient de s’ouvrir « Les Chevaliers de Palestine » elle aussi constituée au Rite de Memphis, le 21 Novembre, et le 25 Décembre la Loge Chapitrale « Les Sectateurs de Ménès » à Paris.
Le 15 Juin 1841 fut une date néfaste pour l’Ordre de Memphis; en effet, à la suite de diverses intrigues d’adversaires du Rite, une interdiction est promulguée par le Préfet de Police de Paris sans autre motif apparent que celui du bon plaisir.

En début de 1842, sept frères constituèrent un Temple Mystique pour la garde des Archives et la propagation du Rite à l’étranger. Le gouvernement de l’Ordre se met également en sommeil. Ce sommeil devait durer sept ans.

En 1848, le 5 Mars, le Rite de Memphis reçut une autorisation de réouverture et le 25 Mars, les loges furent réinstallées par Marconis de Nègre. Trois Loges, un Chapitre et un Conseil sont remis en activité.
En 1849, les statuts généraux de l’Ordre sont publiés. Le Rite est introduit dans divers pays.
A la suite des accusations dirigées, au cours de l’année 1850, contre la Maçonnerie en général, l’autorisation de se réunir est retirée aux Loges de Memphis le 23 Décembre.

En 1851, le Rite de Memphis sur l’initiative de Marconis de Nègre, ouvre plusieurs Ateliers à l’étranger; il établit à Londres la Grande Loge « Les Sectateurs de Ménès » et institue le F.’. Berjean Grand Maître poux l’Angleterre.

S’ouvriront alors la Loge des « Fraternité des Peuples », la Loge des « Proscrits », la Loge des « Philadelphes ».
Cette Loge « des Philadelphes » ouverte à Londres, sera le plus actif des Ateliers de proscrits du coup d’état du Prince-Président Louis-Napoléon Bonaparte parmi les membres de cet Atelier, on trouvera les noms de Falcon-Chambers, Falcon-Taverne, Balague, Blanchi, Garibaldi, Louis Blanc, Jourdain, Talandier, Boura.
Lorsque le Comte italien Orsini, préparera son attentat contre Napoléon III, un des premiers camarades qu’il recrute est le Vénérable de la Loge du Rite de Memphis de Birmingham, le P.’. Chevassus.

En 1853, le rite de Memphis se réveille en France.

En 1856, le Grand Hiérophante Marconis se rend aux Etats-Unis où il établit le 9 Novembre, à New-York, un souverain Grand Conseil avec le F.’. David Mac Lellan pour Grand Maître sanctionnant ainsi le Souverain Sanctuaire déjà créé par ce dernier, le 21 Mars 1855.
Le Rite est constitué en Égypte par la fondation à Alexandrie d’un Sublime Conseil de l’Ordre sous le titre distinctif de Grand Orient d’Égypte, avec pouvoir pour établir un Souverain Sanctuaire.
Le F.’. Marquis Joseph de Beauregard en est le Grand Maître; il devra plus tard succéder à Marconis de Nègre comme Grand Hiérophante Mondial.

En Australie, à Ballarat, est constituée la Mère-Loge « The Golden Bough of Eleusis ».

En 1861 le F.’. Harry Seymour succède au F.’. Mac Lellan comme Grand Maître du Souverain Conseil Général des Etats-Unis.

En 1862, le Maréchal Magnan, Grand Maître du Grand Orient de France, d’accord avec le Conseil de l’Ordre, adresse à toutes les autres Obédiences une circulaire en vue de l’unité maçonnique en France.

Le Rite de Memphis s’unit au G.’. O.’. qui l’admet dans son Grand Collège des Rites et des loges de Memphis sont constituées sous le contrôle du Grand Orient.
La même demande ayant été faite par le G.’. M.’. Magnan au Rite do Misraim pour s’intégrer au G.’. O.’. reçoit du F.’. Hayère cette réponse : « Le Rite de Misraim, proclame-t-il, tient trop à son indépendance pour reconnaître vos pouvoirs et subir votre domination; si l’Empereur croit devoir nous supprimer, qu’il le fasse ; mais nous ne nous soumettrons jamais ».
La même année, le Souverain Sanctuaire du Rite de Memphis consacre comme Grand Hiérophante Harry Seymour, Grand Maître.
En Juin 1863, le Grand Hiérophante Seymour établit définitivement son Souverain Sanctuaire des Etats-Unis.
En 1865, la Loge Marseillaise « Les Chevaliers de Palestine » cesse ses travaux.
Le 26 Août, le S.’. F.’. Garibaldi 33ème Deg.’. , Ancien Grand Maître du Grand Orient d’Italie, est élu Membre Honoraire du Souverain Sanctuaire des Etats-Unis.

En 1868, Mort du Grand Hiérophante Marconis de Nègre.

En 1869, après la Mort de Marconis, le Gouvernement Suprême du Rite passe en Egypte avec le Marquis de Beauregard comme Chef du Rite.
La même année, Gustave Naquet, rédacteur en chef du Journal « Le Peuple « est initié à Londres au Rite de Memphis dans la Loge « Les Proscrits ».
En 1876, le Grand Orient National d’Egypte (Rite de Memphis) confère le 25 Octobre, à l’Illustre Frère Garibaldi, les grades de 95 et 96ème avec le titre de Grand Maître ad Vitam.
Le 4 Août 1889, le rite de Misraim célèbre sa fête d’Ordre, dans son temple parisien du 42 de la rue Rochechouart, sous la Présidence de son Grand Maître le F.’. Aosselin.
Le F.’. Proal, Souverain Grand Commandeur et G.’. M.’. du Rite Ecossais Ancien et Accepté, a tenu à y assister de même que le F.’. Opportun, membre du Conseil de l’Ordre du Grand Orient.

En 1891, le Baron Achille Laviarde est élevé par le G.’. M.’. Suprême de l’Ordre de Misraim au grade de Prince Souverain de l’Ordre et reconnu comme Souverain G.’. M.’. Général Honoraire et membre effectif de l’Impérial Grand Conseil Suprême de la Confédération.

Le 20 Avril 1893, le Baron Laviarde s’affilie à la L.’. Parisienne du « Buisson Ardent et Pyramides ».

Une fusion fut faite en 1899 dans certains ateliers entre les deux rites de Memphis et de Misraim sous le titre de Rite de Memphis-Misraim.

En 1900, les Loges indépendantes du Rite de Misraim disparaissent les unes après les autres. La Loge L’Arc en Ciels cesse ses travaux.

En 1902, disparaît le dernier souffle d’indépendance de Misraim.

Les grades s’enchevêtrent désormais les uns dans les autres La même année le Souverain Sanctuaire d’Angleterre constitue le Souverain Sanctuaire d’Allemagne avec comme G.’. M.’. le F.’. Théodore Reuss.

En 1908, constitution à Paris, à la suite du Congrès Maçonnique Spiritualiste, en Juin, dans le Temple du D.’.H.’., d’un Souverain Grand Conseil Général du Rite de Memphis-Misraim pour la France et ses dépendances.

La patente constitutive est délivrée par le Souverain Sanctuaire d’Allemagne, signée et scellée le 24 Juin à Berlin par le G.’. M.’. Théodore Reuss qui assistait au Congrès de Paris.
Le G.’. M.’. et le G.’. M.’. Adjoint sont le Docteur Gérard Encausse (Papus) et le Docteur Charles Détré (Teder).
La loge Humanidad, précédemment rattachée au Rite National Espagnol, devient Mère-Loge pour le Rite de Memphis-Misraim en France.
Le 15 Octobre 1916, mort du G.’. M.’. pour la France, le Docteur Gérard Encausse.  Le G.’. M.’. Adjoint, Docteur Charles Détré lui succède.
En 1916, mort du G.’. M.’. Charles Détré, le 25 Septembre

En 1919, un groupe de Maçons, appartenant soit au Rite Français (G.’.O.’.D.’.F.’. – Collège des Rites), soit au Rite Écossais (G.’.L.’.D.’.F.’. – Suprême Conseil) et possédant également les Hauts Grades du Rite de Memphis–Misraim, désireux tout en restant fidèles à leurs Obédiences (G.’.O.’. – G.’.L.’.) de travailler en Maçonnerie au point de vue purement initiatique, prend la résolution de rétablir le Rite de Memphis–Misraim en France.

Ils réveillent, à l’Orient de Lyon la Mère-Loge Humanidad, d’accord avec la puissance maçonnique qui délivra la Charte de Constitution en 1908 du Rite de Memphis-Misraim pour la France. Cette puissance délivre au F.’. Jean Bricaud, le 10 Septembre 1919, une Charte pour la Constitution en France d’un Souverain Sanctuaire de Memphis-Misraim et le 30 Septembre, le Suprême Conseil des Rites Confédérés des Etats-Unis, lui délivre également une Charte pour l’établissement, en France, d’un Suprême Grand Conseil des Rites Confédérés (Early Grand Scottish Rite, Memphis-Misraim, Royal Order of Scotland, etc).
En 1930, publication par le Souverain Sanctuaire de France de la Constitution et des Règlements Généraux de l’Ordre Maçonnique Oriental du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraim.
Dès cette date, la succession du Grand Hiérophante Théodore Reuss n’ayant pas été assurée, le Souverain Sanctuaire de France à Lyon se considère, en vertu des Chartes de 1919 données par Reuss lui-même comme son successeur. Est transformé à ce moment le titre de Grand Hiérophante en Grand Maître Général.
En 1933, création du Bulletin Officiel du Rite de Memphis-Misraim par le G.’.M.’. Général Jean Bricaud. Le 21 Février 1934, le G.’.M.’. Général Jean Bricaud décède à Lyon. Le F.’. Chevillon, député Grand Maître et membre du Comité permanent, est reconnu, en Mars, comme G.’.M.’. Général.
La proclamation consécutive à son élection est publiée dans le Bulletin Officiel de la Saint Jean d’Eté de la même année. Le nouveau G.’.M.’. Général constitue deux nouvelles provinces administratives et nomme deux G.’.M.’. Adjoints pour les diriger.

En 1937, convent annuel du Souverain Sanctuaire de France à Lyon, dans le Temple de la Loge-Mère Humanidad, avec une importante délégation du Se forain Sanctuaire de Suisse. Cette date marque une période florissante pour l’Ordre qui ne cessera qu’à la guerre.

A la déclaration de guerre et sous l’occupation, Memphis-Misraim suspend son travail extérieurement et entre dans la clandestinité. La Loge « Alexandrie d’Egypte » continue à fonctionner de 1941 à 1945, au domicile du F.’. Robert Ambelain.

Le 26 Mars 1944, le G.’.M.’. Général Chevillon meurt assassiné par la milice de Vichy. Le F.’. Charles-Henri Dupont lui succède et devient Grand Maître pour la France. Cette même année, le G.’.M.’. de Belgique, le F.’. Raoul Fructus meurt en déportation sans avoir pu désigner son successeur.

Un 1945, le F.’. Dupont désigne le F.’. Debeauvais comme G.’.M.’. pour la France.
En 1947,le F.’. Dupont reprend lui-même la Grande Maîtrise.  C’est également à cette date que le F.’. Lagreze décida de réveiller le Rite de Memphis. Il reprit de l’activité et des contacts internationaux. Il nomma le F.’. Probst-Biraben N G.’.M.’. pour la France, pour une durée de sept ans, convertie plus tard en Grande Maîtrise ad Vitam et le chargeant de constituer un Souverain Sanctuaire de Memphis.

Ce réveil étant naturellement irrégulier, la fusion des deux Rites étant un fait accompli depuis Garibaldi et irrévocable parce que consacré par l’usage.

Le F.’. Lagreze, Vén.’. de la L.’. « Hermès » avait nommé le F.’. Fallot pour ouvrir une L.’. à Paris; ce dernier étant en Province, ce fut F.’. Chaboseau fils qui transplanta la RL.’. « Hermès » à Paris, le 30 Mars 1947.

Lorsque le F.’. Chaboseau démissionna de la Maç.’. pour réintégrer l’église catholique, ce fut son successeur, le F.’. Dubois qui jeta les bases d’une Grande L.’. dénommée Rite Oriental Ancien et Primitif de Memphis.

Ce rite reconstitué se différencie sensiblement de celui créé par Marconis de Nègre. Il affirme sa croyance en un Esprit éternel vivant de sa vie propre et incommunicable par son essence dont la révélation a été transmise à l’homme par la parole sacrée.

Le problème de cette résurgence de Memphis, serait de savoir qui suscite périodiquement dans les Obédiences maçonniques françaises, des dissidences de ce genre.
Le mouvement d’unité, déjà amorcé entre les deux rites « égyptiens», eut sa conclusion en 1959 par leur fusion en un Suprême Conseil des Ordres maçonniques de Memphis et de Misraim réunis.

Le 13 Août 1960, le F.’. Dupont appelle à titre de témoins, à Coutance, certains FF.’. (Philippe Encausse, Irénée Séguret, Paul Corcellet) et nomme le F.’. Robert Ambelain pour lui succéder à la Grande Maîtrise de Memphis-Misraim.

Au mois d’Octobre 1960, le G.’.M.’. Dupont meurt et la nomination du F.’. Ambelain devient effective.
Le 22 Juin 1963, le Souverain G.’.M.’. Général Robert Ambelain par une lettre circulaire redonne force et vigueur au Rite et la Grande Loge Hermès reprend son activité.
Les loges se rouvrent en Belgique, Pays-Bas, Suisse, Italie, Afrique, Amérique Centrale, Amérique du Sud et Australie, donnent leur accord et se réunissent sous la haute direction de Paris.
Lors du Convent de 19692, une résolution proposée par le Sérénissime G.’.M.’.G.’. Robert Ambelain est adoptée à l’unanimité absolue par toutes les LL.’. et Obédiences représentées.
Cette résolution est celle-ci :

1°) Concernant le « Livre Sacré », les Ateliers du Rite demeurent libres de le conserver ou de le supprimer.

2°) Concernant sa conservation, lesdits Ateliers demeurent libres de choisir tel ou tel, à l’expresse réserve qu’il ne contienne aucune formulation dogmatique contraire aux principes de la F.’.M.’. aussi bien qu’à l’esprit maçonnique.

3°) Concernant les Outils Symboliques qui doivent sous le nom des « Trois Joyaux » figurer sur l’Autel Maçonnique au cours des Ten.’. des trois premiers degrés et être disposés sur le « Livre Sacré » (s’il en est un), l’adjonction de la Règle, au traditionnel enlacement du Compas et de l’Equerre devient obligatoire pour tous les Ateliers.

Lors de ce même Convent du 21 Juin I969, fut rappelé que le Rite de Memphis-Misraim est une Obédience déiste, ce qui implique l’évocation du Grand Architecte de l’Univers) et spiritualiste, ce qui exige la croyance en l’immortalité de l’âme, ou du moins une certaine pérennité posthume pour celle-ci.

Mais là s’arrête la « dogmatique » du Rite, lequel n’est lié et ne dépend d’aucune religion particulière, et laisse depuis toujours ses membres dans une pleine et totale liberté d’opinions.

Solstice d’Été
24 Juin 1971